Partie avant l'aube ce matin pour Paris, sans bagage si ce n'est mon sac à dos contenant mon portable. A l'aller consacrer les deux heures à travailler, le temps - enfin - de lire des documents rédigés par des collègues, dont je voulais prendre connaissance, pour en discuter ensuite.
Journée dense et ce soir au retour, quelques minutes avant que le TGV ne soit à quai. Exceptionnellement j'achète "Les heures souterraines", la quatrième de couverture me séduit immédiatement.
Ou bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, posez votre sac, ne restez pas debout, c'est fini, vous n'irez plus, ce n'est plus possible, vous allez vous battre, je serai à vos côtés. Un homme ou une femme, après tout, peu importe. Quelqu'un qui comprendrait qu'elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l'essentiel.
A mots couverts je comprenais où elle ne pouvait plus aller. Parce qu'à travers ce bref passage, je me suis vue, il y a longtemps ou moins longtemps, quand plus rien ne me portait et que je puisais dans mes ressources pour continuer. Sans que la situation originelle soit la même le ressenti partagé me troublait.
Un roman lu pendant les deux heures du trajet retour. Une écriture comme un souffle, comme une urgence, un coup de coeur.