C'est à ta rencontre que je suis partie, jeune fille de 15 ou 16 ans, mêlée à un groupe d'autres jeunes gens. En pélerinage. Une semaine d'avril. Mon jeune frère est parti avant moi, la semaine précédente. Quelques jours avant le départ je préférais annuler, pour rester près de ma mère, souffrante. Mes parents m'ont poussée à partir, prendre la route. Rouler longtemps dans la joie du groupe et l'angoisse de l'enfant sachant sa mère si mal. Et puis marcher sur tes pas. Etre sensible à la nature qui t'a entouré, que tu as célébrée, de l'oiseau au vent, de l'arbre au soleil, de l'âne à la pluie. Tout regarder avec tes yeux plein d'amour. Vivre l'émotion de ces paysages dont la beauté est à couper le souffle. Rentrer sans savoir.
Rentrer sans savoir, rentrer pleine de tout cet amour engrangé au fond de moi. Avoir été dans mon élément de simplicité qui avait fait grandir ma foi d'enfant.
Cheminer dans ma vie d'adulte. Aimer les petites choses, la simplicité. Composer avec les dorures et l'ostentation. Garder au fond de moi la simplicité de la foi avec laquelle j'ai grandi, ai été éduquée. Accompagnée dans mes premiers pas de groupe de chrétiens par un prêtre qui laissait les ors et l'ostentation pour les autres, allait à l'essentiel, célébrait cet amour par le chant.
Mûrir dans la connaissance que j'ai de moi, me rapprocher de ces petites choses et réapprendre à leur laisser la priorité. Les choses simples : les voir, les sentir, les apprécier, les vivre.
22 ans après, à la même époque, repartir sur tes pas. Grâce à un livre, dont le texte me coupe le souffle, borde mes yeux de larmes. Un livre dont les premières phrases sont si fortes que je voudrais les noter et les inscrire en moi. Très vite je me rends compte qu'alors c'est tout le livre que je vais copier dans mon carnet de cuir.
Jean Bernardone, François d'Assise, c'est la simplicité de ta foi qui me parle et me traverse. Il n'est jamais trop tard pour se comprendre. Et ton amie, Claire, si proche, si près.
Je me trouve. Je fais le lien entre ce que je découvre de moi et ce que je connaissais déjà, qui parfois me semblait aux antipodes. Mes yeux s'éclairent.