Ce matin je me suis fait un cadeau. Un moment que je rêvais de m'offrir. Un acte que je voyais d'autres faire, sans oser franchir le pas à mon tour. Alors je les admirais, d'oser ce tout petit geste, ce petit moment.
Je n'osais pas parce que la culpabilité était au rendez-vous : si j'arrive un peu plus tard au bureau, comment cela va-t-il être perçu ? Et si ce soir cela m'amène à rentrer un peu plus tard, je verrai moins mes enfants. Le cortège est long. Je préfère oublier.
Ce matin en sortant du métro, à deux pas de mon bureau lyonnais, je suis passée devant ce café, pour la énième fois depuis le mois d'août. Ces matins d'été sa terrasse me tendait les bras, je n'y avais pas cédé.
Ce matin d'hiver, j'ai grandi.
J'ai fait demi-tour, hésité quelques secondes.
Je suis entrée, j'ai demandé un café. J'ai poursuivi la lecture de mon livre pour en finir le chapitre. J'ai payé et suis sortie. Ma journée professionnelle pouvait commencer.