Lectures

Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 20:48

 

(...) après quoi elle se lança dans un châle au crochet, utilisant le fil exotique - très fin, couleur fauve - que Jiselle avait acheté à Rome et dont elle ne s'était jamais servie. Elle resta assise des heures sur le canapé du séjour, absorbée par l'exercice consistant à faire passer le fil ténu dans l'oeil argenté du crochet, le dévidant de l'autre côté en une contexture complexe qui se répandait mollement autour d'elle.

 

Jiselle prit le bord du châle et lissa sur la paume de sa main la soyeuse composition. Les points étaient impeccables.

"Sara, dit-elle, tu sais que tu te débrouilles vraiment bien ?"

L'adolescente leva la tête.

"Je t'ai entendue lire une histoire à Sam, celle de la demoiselle qui, avant que le prince ne l'épouse, devait confectionner un châle suffisamment fin pour passer à travers une bague de mariage.

- Est-ce que tu chercherais un prince, toi aussi ?"

Sara eut un reniflement dégoûté, roula des yeux et se remit à son ouvrage. Elle passait en alternance de son méticuleux travail au crochet à la consignation de pattes de mouche dans son journal. Quand elle ne s'appliquait pas à l'un, elle s'appliquait à l'autre. (...)

 

 

(...)

Se frictionnant les yeux sous cette lumière aveuglante, elle avisa, drapé au pied du lit, un magnifique châle dans les tons fauves, celui que Sara avait confectionné.

Elle y laissa courir la main.

Il était frangé de fil de soie.

Elle le soupesa.

Il était doux et chaud, mais aussi d'une incroyable légèreté.

C'est en s'asseyant sur le lit qu'elle vit le billet posé à côté du châle.

 

Je me décide finalement à t'offrir quelque chose.

Bon anniversaire.

Ta méchante belle-fille, Sara.

 

Son anniversaire. Elle-même l'avait complètement oublié. Comment Sara avait-elle fait pour y penser ?

Elle porta le châle à son visage et le huma durant plusieurs secondes avant de se le jeter sur les épaules.

Il était tout léger, comme en sustentation dans l'air tiède de l'été.

Se ravisant, elle le ramena devant elle et ôta son alliance. Elle engagea le coin du châle dans l'anneau et, d'un geste aussi preste que gracieux, y fit passer le tout.

(...)

 

[En un monde parfait, de Laura Kasischke]

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Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 06:05

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41IZnGU1vEL._SL500_AA300_.jpgL'auteure d'abord, comme une promesse de réjouissance puisque j'avais été emballée par "Les heures souterraines", puis "No et moi", et "Jours sans faim".

Le titre ensuite, si musical - et pour cause.

La photo enfin.

 

J'ai attendu, le livre était là chez la libraire, je le regardais, le prenais en mains, le reposais. Quelques jours plus tard je l'ai emporté.

 

Le chemin qui la conduit à rencontrer la femme qu'a été sa mère. Un chemin d'une lumineuse noirceur.

 

La musique de ses mots m'avait alors inspirée, et j'ai très vite posé dans mon carnet 3 vers et 17 syllabes.

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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 21:56

http://ecx.images-amazon.com/images/I/411%2BQ1zP%2BqL._SL500_AA300_.jpgUn roman dont chaque phrase est un poème. La dernière page tournée, l'envie de le recommencer, de le reprendre pour être à nouveau bercée et transportée par les mots ciselés, pour m'interroger sur le regard qu'Antoine porte sur sa vie, dans laquelle il se sent à l'étroit. Pour être surprise par certains reflets.

 

 

Après "Laver les ombres", puis "Les demeurées", "Les insurrections singulières", je suis heureuse de savoir que j'ai à découvrir d'autres romans de cette auteure.

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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 22:28

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/5/1/9/9782757815915.jpg   

C'est une fourmillière. Les départs en vacances et les grèves. Des milliers de personnes qui se croisent, vont monter ou sont descendues d'un train. J'avais vérifié, le mien est bien maintenu. Quelques minutes avant de rejoindre le quai affiché, je vois cette couverture avec un bandeau rouge accrocheur "Inédit Olivier Adam". J'hésite. Je le feuillette. Les photos me séduisent. La lecture de quelques extraits achève de me convaincre. Il rejoint mon bagage.

 

Je le déguste doucement. Un trésor. Je passe du temps sur certaines phrases, sur leur musique. Sur les photos. Sur le style. Je prends le temps de lire ce court roman. Le temps de le savourer. Je l'ai refermé cet après-midi. Je le rouvrirai, c'est sûr. Je suis convaincue qu'il y a des passages sur lesquels mes yeux ont dû glisser trop vite. J'y retournerai. Rare.

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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 17:12

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51kI9Ug2nkL._SL500_AA300_.jpgUn conte. Un poème. Un roman. Rosa Candida est tout cela à la fois. Arnjoltur est jeune père, sans l'avoir décidé, est passioné par tout ce qui touche à l'horticulture et plus particulièrement aux roses. Il part travailler au sein d'un monastère, sur le continent, réputé pendant un temps pour son jardin et sa roseraie notamment, depuis longtemps abandonné. Il va s'intégrer dans ce village, apprendre les bases de la langue, et se trouver.

 

[Rosa Candida, de Audur Ava Olafsdottir]

 

 

 

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/318Oqh9RGkL._SL500_AA300_.jpgA peine deux heures de TGV pour me plonger ensuite dans une autre réalité, un jeune homme qui, par amour pense-t-il, renonce à la profession qu'il s'apprếtait à embrasser pour devenir agriculteur et s'occuper ainsi des terres de son futur beau-père. Les chapitres sont courts, le  roman est rythmé. Dès les premières lignes, je suis accrochée... J'ai été touchée, et j'ai beaucoup souri.

 

"(...) Je m'ennuie à mourir. Pour me sauver, j'ai pris un crayon et un papier blanc."

"Quand on est amoureux, on devient un peu fou, et comme je l'étais déjà un peu avant, j'étais capable de tout. Son père aurait été poissonnier, je reprenais la poissonnerie."

 

[Poète et paysan, de Jean-Louis Fournier]

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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 13:25

Pendant quelques jours, j'ai vécu dans les Pouilles. Ecrasée par le soleil. La chaleur sèche. J'ai senti puis goûté l'huile d'olive produite par la famille Scorta. Admiré les paysages arides, les champs d'oliviers. La couleur de la mer. J'ai rencontré les habitants de Montepuccio, femmes de noir vêtues, hommes jouant ou discutant autour des tables de de café, en terrasse, à l'ombre, quand le soleil n'est plus à son zénith. Par le miracle d'un roman, j'ai entendu moi aussi les confidences de C. Scorta, et ai pu connaître plusieurs générations de cette famille que l'on pourrait croire maudite. Et qui fut composée de membres d'une force et d'une volonté de vie incroyables.

 

 

[Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé]

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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 06:36

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51oKhbGC1pL._AA115_.jpgDans une de ses lettres, une femme qui compte pour moi évoquait "mon évasion" de Benoîte Groult. Ses mots m'ont donné l'envie de le lire. Me voilà donc à parcourir les grands jalons de la vie de Mme Groult, qui a un an de plus que ma grand-mère maternelle. L'éclosion d'une chrysalide en papillon, et son envol, voilà ce que cela évoque pour moi. Et cela a le mérite de me rappeler que certains droits dont je profite furent chèrement acquis.

 

[Mon évasion, Benoîte Groult]

 

"Tant que je saurai où demeurer, tant que je serai accueillie en arrivant par la sourire de mes jardins, tant que j'éprouverai si fort le goût de revenir et non de fuir ; tant que la terre n'aura perdu aucune de ses couleurs, ni la mer de sa chère amertume, ni les hommes de leur étrangeté, ni l'écriture et la lecture de leurs attraits ; tant que mes enfants me ramèneront aux racines de l'amour, la mort ne pourra que se taire. Moi, vivante, elle ne parviendra pas à m'atteindre."

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Mardi 7 septembre 2010 2 07 /09 /Sep /2010 20:34

http://ecx.images-amazon.com/images/I/4192AYVRDZL._AA115_.jpgJ'avais apprécié la lecture de Soleil Levant, du même auteur. J'ai donc emprunté d'autres romans. J'ai commencé par "Trouée dans les nuages". Un couple chinois qui a deux faces, celle du jour offerte à leurs collègues communs, celle de la nuit au cours desquelles surgissent les révélations les plus cruelles, qu'ils se font l'un à l'autre, après 15 années de mariage.

  [Trouée dans les nuages, Chi Li]

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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 21:51

http://ecx.images-amazon.com/images/I/31B-wUMCsfL._AA115_.jpgSans doute fut-il très inspiré par ce qui s'est produit lors du passage de Katrina en Louisiane. C'est la trame de fond. Mais ce pourrait être tout autre chose. Laurent Gaudé m'a permis de passer quelques heures extraordinaires et émouvantes. Son écriture est très puissante, la tension monte en même temps que les événements se déroulent. Et ce n'est pas tant l'ouragan qui est important, ce sont ici tous ces hommes et ces femmes en souffrance, démunis, qui vont réagir à ce qui se passe autour d'eux, en eux. Une forme que j'apprécie aussi, un même événement vécu par différentes personnes, l'alternance  asymétrique rythme le roman elle aussi. Et certaines phrases, comme des litanies, qui viennent et reviennent et nous habitent. Un très très beau roman.

[Ouragan, de Laurent Gaudé]

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Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 15:15

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51aEquGvnJL._AA115_.jpgPasser quelques soirées à Shanghaï au sein d'une cité située au coeur de la ville. Je suis entourée de ses habitants. J'écoute les histoires qu'ils racontent. Tendres, caustiques, reflets du quotidien des habitants tissé avec l'Histoire de la Chine.

[Cité de la poussière rouge, de Qiu Xialong]

 

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41mW8DfziML._AA115_.jpgQuitter la Chine pour Barcelone. S'accrocher aux 60 premières pages avant de se rendre compte que ça y est, le talent de l'auteur a fait son effet, que je ne peux plus lâcher Daniel, ni Fermin, que je veux savoir aussi quel est ce mystère autour de Julian Carax, que je veux continuer à savourer tous ces parallèles tissés entre la vie de Julian et celle de Daniel. Le matin en sortant du métro j'avais hâte de retrouver le livre. Hier soir je n'avais pas d'autre choix que de le terminer.

[L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon]

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