Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 22:04

Ici. Regagner les lieux désertés... c'est difficile. Comment aborder les choses ? A force de ne plus venir ici je ne sais plus reconnaître ce que j'ai envie d'y déposer. Hésiter, douter, questionner, craindre, laisser germer les graines de l'envie en attendant qu'elles éclosent.

 

Ailleurs. J'ai beaucoup de déplacements, un à deux par semaine. Ils me mangent l'énergie qui habituellement me permet de faire, quand je suis chez moi. Faire, c'est lire, torsader les fils, écrire, écouter de la musique, organiser des moments privilégiés. Mes soirées sont désertées de l'envie de faire. Elles sont consacrées à la récupération, au repos du corps, au rien, au constat de l'envie de rien. Pour compenser les nuits trop courtes, le stress de certaines réunions, mon combat contre l'envahissement de l'humeur grise qui règne en certains lieux.

 

Ailleurs. J'ai accéléré le pas quand j'ai vu le métro à quai. Accéléré mais pas couru. Je me suis faufilée dans la rame de queue, par la dernière porte, encore ouverte. Le signal sonore résonnait déjà - il indiquait la fermeture des portes par lesquelles les passagers sortent, à l'opposé de celle que j'empruntais. J'ai avancé dans le couloir de la rame, ai trouvé une place assise. En haut de la colline, en me préparant à sortir, je me lève et le reconnais de dos. Il est loin, intouchable. Le groupe est dense. Je patiente. Ma joie de le surprendre est là, je pétille. La grimpée de l'escalier instaure encore plus de distance, le second aussi. J'ai 18 ans. Une fois sur la place j'accélère, en veillant à ce que mon ombre ne me trahisse pas. Je glisse ma main gauche dans sa paume droite. Il tourne la tête vers moi - la surprise est réussie. Ses yeux sont étoilés.

 

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