Les petites choses de ma vie
Au bord du fleuve s'épanouissent les arbres et autres végétaux. C'est cette profusion de verts, dans des gammes allant du tilleul au plaqueminier, du saule au bambou, qui attire le regard. Hoï An ne se dévoila pas, elle est abritée sous les frondaisons. Des branches nues tissées entre elles forment de simples cabanes ovoïdes. Les lits sont des nids, association de lamelles fines de bambou savamment emmêlées - les habitants ont longtemps observé les oiseaux pour en comprendre la technique. Tout est si léger que les jours de grand vent les habitants sont bercés par le mouvement des branches, au son des feuilles qui se froissent.
Pour se déplacer, la communauté utilise des passerelles faites de lattes de bois flotté, généreusement offertes par le fleuve, reliées entre elles grâce à des cordages de chanvre. Le long de chaque passerelle ainsi qu'à l'entrée des cabanes, un lampion éclaire la nuit ; la flamme de la bougie en cire d'abeille diffuse des points lumineux à travers les feuilles de bananier perforées. Chaque famille les découpe d'un motif différent, en lien avec son rôle : celles qui vivent dans les saules au bord du fleuve se chargent de l'approvisionnement en eau de la pêche. D'autres mobilisent leurs doigts agiles pour tisser les nids. Certaines modèlent l'argile pour créer des pots et des plats.
Au pied des arbres, les plantes à fleurs forment un tapis multicolore : le bleu des campanules, le rouge des anthuriums, le rose des bougainvillées et le jaune orangé des oiseaux du paradis s'associent dans un joyeux désordre.
Après s'être nourris des fruits et des animaux vivant alentours, les habitants d'Hoï An enterrent les déchets de leurs repas : os, arrêtes, peau, noyaux. Ce compost nourrit l'humus. La forêt se densifie et abrite ainsi de nouvelles familles venues chercher là un refuge.