Les petites choses de ma vie
Lors de notre première
visite je me souviens être restée longtemps au bord du jardin, à regarder loin, à prendre le temps de respirer, à demander quelles étaient les essences des arbres qu'il abritait.
A la fin de notre premier printemps je me souviens avoir regardé les rares coques vertes au bout d'une des branches du noyer, l'avoir scruté en cherchant désespérément d'autres promesses de fruits.
A la fin de notre premier été je me souviens avoir été résolue à ne pas goûter de noix de chez nous, en être déçue, et à espérer que le noyer serait plus fertile l'année suivante.
A la fin de notre deuxième printemps je me souviens m'être réjouie de ces branches chargées de fruits, les coques vertes comme des bouquets.
Lors de notre deuxième été, je me souviens avoir découvert comment la coque verte nous offrirait des noix, grâce à Annie. Je me souviens avoir été invitée par ma maman à essayer de faire un vin de noix à partir de quelques fruits perdus suite à la coupe de certaines branches qui soulevaient les tuiles d'un toit. C'était trop tard, le vin se fait à partir de noix vertes. Je l'ai noté pour l'année prochaine.
En cette fin d'été nous rammassons les noix par kilos. Les cageots se remplissent des noix découvertes comme des trésors : cela me rappelle la chasse aux oeufs de Pâques. Elles nous attendent comme des promesses, cachées sous les feuilles mortes, sous les feuillages des lys, ou parmi les herbes humides.